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L’île déserte n’existe pas : à qui appartient vraiment l’île de Koh-Lanta ?

L’île déserte n’existe pas : à qui appartient vraiment l’île de Koh-Lanta ?
Alors que la saison 2026 de Koh-Lanta est prévue tout prochainement en diffusion ce printemps, l’image d’une île isolée, presque vierge, continue d’imposer son évidence visuelle.
Plages sans construction, campements sommaires, absence apparente d’infrastructures. Le décor semble hors du monde. Pourtant, aucune île n’échappe au droit. Derrière la fiction du territoire désert s’organisent autorisations, concessions et souverainetés. L’île déserte n’existe pas. Elle est toujours située, administrée, encadrée. Oui, mais par qui ?

Un territoire sous souveraineté

Les saisons récentes de l’émission sont tournées aux Philippines. Les paysages suggèrent l’éloignement absolu. En réalité, ces îles paradisiaques relèvent pleinement de la souveraineté de l’État philippin. Elles sont cadastrées, identifiées, régulées. Le tournage suppose des autorisations formelles. Accords avec les autorités nationales. Coordination avec les collectivités locales. Encadrement environnemental. Le territoire n’est pas libre d’usage. Il est temporairement occupé.

L’image d’une île “à personne” relève du récit. Juridiquement, elle est toujours sous l’autorité d’un État.

L’usage plutôt que la propriété

La production ne devient pas propriétaire du site. Elle en obtient l’usage. Une concession temporaire. Un droit d’occupation limité dans le temps et dans l’objet. Le principe est classique. Il s’apparente à d’autres occupations encadrées du domaine naturel : tournages cinématographiques, événements, recherches scientifiques.

La distinction est centrale. L’usage n’est pas le titre. L’occupation ne confère aucun droit permanent. À la fin du tournage, le site doit être restitué. Cette logique rappelle une évidence foncière : la propriété est rarement absolue. Elle est bornée par des règles, des contrats, des obligations environnementales.

Le domaine public invisible

Dans de nombreux pays, le littoral relève du domaine public. Les plages, même éloignées, ne sont pas des terres vacantes. Elles peuvent être protégées, classées, soumises à des régimes spécifiques. À l’écran, la plage apparaît nue. Hors cadre. En réalité, elle s’inscrit dans une architecture juridique complexe : droit environnemental, droit foncier, autorisations audiovisuelles, assurances, responsabilités.

Ce que la mise en scène efface, le droit le maintient.

Le mythe de la terre sans maître

L’île déserte n’existe pas : à qui appartient vraiment l’île de Koh-Lanta ?

L’idée d’une île inhabitée traverse l’imaginaire occidental depuis Robinson Crusoé. Elle repose sur une fiction ancienne : celle de la terra nullius, la terre sans maître. Dans l’histoire coloniale, cette notion a servi à justifier des appropriations. Un territoire déclaré vide pouvait être revendiqué. Aujourd’hui, cette logique est juridiquement contestée. Mais le récit persiste dans la culture populaire.

Koh-Lanta réactive ce mythe sans le revendiquer. Il en conserve les codes : l’isolement, la rareté, la reconstruction d’un ordre social minimal. La fiction de l’autonomie repose pourtant sur une organisation dense, mais invisible.

Une logistique hors champ

Le tournage mobilise des équipes techniques importantes. Logistique. Sécurité. Encadrement médical. Les zones filmées sont choisies. Les espaces délimités. Les interactions avec les habitants locaux encadrées. L’île visible à l’écran n’est qu’une portion contrôlée d’un dispositif plus vaste. Rien n’est laissé au hasard.

La fiction de l’isolement est produite. Elle repose sur un territoire administré.

Qui possède quoi ?

L’État hôte
Détient la souveraineté sur l’île et encadre juridiquement son usage. Les plages et zones littorales relèvent souvent du domaine public.

La collectivité locale
Peut délivrer des autorisations spécifiques et veiller au respect des normes environnementales.

La société de production
Dispose d’un droit d’occupation temporaire. Elle ne possède pas l’île. Elle en organise l’usage dans un cadre contractuel.

Le public
N’acquiert aucun droit réel sur le territoire, malgré la mise en scène d’une appropriation symbolique.

Peut-on posséder une île ?

La question dépasse l’émission. Certaines îles privées existent, mais elles restent soumises aux lois nationales. On peut acquérir un titre foncier, mais pas soustraire le territoire au droit public. Fiscalité, environnement, accès maritime demeurent encadrés. L’île absolue, autonome, hors règle, n’a pas d’existence juridique.

Un décor, pas un vide

L’île déserte fonctionne comme un décor narratif. Elle n’est jamais une page blanche. Elle est un territoire situé, négocié, administré. Ce que l’écran montre comme un vide est, en réalité, un espace plein — de règles, de contrats et d’histoires.

Dans un monde où la propriété reste un marqueur central des sociétés, l’île de Koh-Lanta rappelle une évidence discrète : aucun territoire n’est hors du droit. Même au bout du monde.

Sources

Organisation des Nations unies – Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS)
https://www.un.org/depts/los/convention_agreements/texts/unclos/unclos_f.pdf

Légifrance – Code général de la propriété des personnes publiques (CG3P), domaine public maritime
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070299/LEGISCTA000006135541/

UNESCO – Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel
https://whc.unesco.org/fr/conventiontexte/

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Nelly MICHEL
Éditrice d’un portefeuille de sites dédiés à l’actualité, à l’habitat et à la finance, je développe une veille permanente qui me permet d’offrir une lecture fine et transversale du marché immobilier. Spécialiste de Lyon et de sa région, où j’ai moi-même investi à plusieurs reprises, je mets cette double expertise (éditoriale et de terrain) au service de mes lecteurs. Mon objectif : décrypter les dynamiques locales, anticiper les tendances, éclairer les choix d’achat, de vente ou d’investissement, dans un secteur en constante évolution. À travers des analyses documentées et accessibles, ma mission est d'aider les lecteurs particuliers ou investisseurs dans leur compréhension du paysage immobilier lyonnais, tout en gardant un œil sur les mutations plus larges, au niveau national ou international. Dans ce cadre, je m’intéresse également aux dynamiques transfrontalières, notamment entre la France et la Suisse, qui influencent de plus en plus les stratégies patrimoniales et résidentielles. J’analyse en particulier l’évolution du marché immobilier de montagne, les arbitrages entre stations françaises et suisses, ainsi que les opportunités liées aux résidences secondaires, à l’investissement locatif et à la valorisation à long terme dans les territoires alpins.