
Le marché locatif privé est à l’agonie. Dans les grandes villes comme dans les zones rurales, les logements disponibles fondent à vue d’œil. Depuis 2022, plus de 140 000 biens ont quitté le marché de la location longue durée, selon l’UNPI. La pression sur les locataires atteint des sommets, avec des délais d’attente record, des hausses de loyers hors zone encadrée, et une explosion des demandes de logements sociaux.
Face à cette pénurie, le gouvernement prépare une réponse d’ampleur : un nouveau statut fiscal du bailleur privé, qui pourrait entrer en vigueur dès décembre 2025 via la loi de finances 2026. Objectif affiché : redonner envie aux particuliers de louer leurs biens sur la durée, en leur offrant un cadre fiscal avantageux et stable.
Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Est-ce un simple gadget budgétaire ou une réforme capable de rééquilibrer enfin le rapport de force locatif en France ? Voici ce que l’État met (vraiment) sur la table pour tenter de retourner la tendance.
Un plan fiscal en 5 volets pour séduire les petits propriétaires

La mission parlementaire confiée à Marc-Philippe Daubresse et Mickaël Cosson a rendu un rapport détaillé fin juin 2025. Le nouveau statut fiscal proposé s’adresse en priorité aux bailleurs « classiques », qui louent à long terme, en location nue. Voici les leviers envisagés :
- Amortissement fiscal sur 20 ans (5 %/an pour le neuf, 4 %/an pour l’ancien avec travaux ≥ 15 %)
- Micro-foncier dopé à 50 % d’abattement, jusqu’à 30 000 € de loyers/an
- Déficit foncier imputable à hauteur de 40 000 € sur le revenu global
- Exclusion de l’IFI pour les biens loués en résidence principale
- Bonus fiscaux pour loyers modérés (jusqu’à +1,5 % d’amortissement ou +15 % d’abattement)
L’idée est simple : rendre à la location longue durée ce qu’elle a perdu en rentabilité face au meublé ou à la location saisonnière. Et recréer un cadre de confiance pour les particuliers désabusés par la fiscalité actuelle, les règles changeantes, ou la complexité administrative.
Une réponse structurelle… à condition de passer le cap politique
Ce plan de relance repose sur une conviction : ce sont les particuliers qui détiennent les clés de l’offre locative en France. Or depuis plusieurs années, ces bailleurs occasionnels ou familiaux se désengagent. Non pas par caprice, mais faute d’incitation réelle, face à un empilement de normes, une fiscalité instable, et des obligations croissantes sans filet de sécurité.
La réforme proposée pourrait inverser cette tendance, si elle passe la double épreuve du feu :
- 1) L’intégration dans la loi de finances 2026 (PLF à l’automne), dans un contexte de rigueur budgétaire tendue ;
- 2) La clarté et la stabilité des règles promises (durée, seuils, critères).
Certains points restent en suspens : traitement des SCI, articulation avec l’encadrement des loyers, traitement des passoires thermiques (DPE F&G), ou encore la compatibilité avec les contraintes locales (zonage, plafonds).
En bref : ce que l’État propose pour ramener les particuliers dans le jeu
| Mesure | Bénéfice pour le bailleur | Objectif côté État |
|---|---|---|
| Amortissement 4–5 %/an | Jusqu’à 10 000 € de déduction/an | Inciter à la location longue durée |
| Micro-foncier 50 % | Moins de paperasse, plus d’abattement | Conserver les petits bailleurs |
| Déficit foncier à 40 000 € | Rénovation déductible massivement | Réhabiliter l’ancien loué |
| Exclusion IFI | Réduction d’impôt significative | Alléger la pression sur les patrimoines loués |
| Bonus loyers abordables | Plus d’avantage si loyer raisonnable | Soutenir les locataires en tension |
Ce que prépare l’État, c’est un retour stratégique des particuliers dans le jeu locatif. Non pas à coups de promesses électorales floues, mais avec des outils fiscaux ciblés, calibrés, et potentiellement durables. Il s’agit de transformer le bailleur en partenaire utile, et non plus en suspect permanent.
Mais tout dépendra de la suite : le vote du budget à l’automne, la lisibilité des règles, et la capacité à créer un choc de confiance. Sans cela, les logements vacants continueront de dormir… et la crise locative, de s’enliser.





