
Longtemps, le XVIIème arrondissement de Paris fut bicéphale : il y avait le « bon » côté et par conséquent le « mauvais » côté, séparés par les voies de chemin de fer de la Gare Saint Lazare… A l’est, les très chics quartiers de la Plaine Monceau (Malesherbes, Villiers, Courcelles) à l’Etoile (Ternes, Wagram) ; à l’ouest, les quartiers populaires des Batignolles et très populaires des Epinettes, délimités par l’avenue de Clichy.
Aujourd’hui, même si cette dichotomie reste encore vérifiable, le contraste est moins flagrant. Le village des Batignolles est devenu branché et bobo et les Epinettes sont en cours de réhabilitation. Deux événements à l’origine de la mutation de ce quartier plutôt discret, éclipsé par l’attraction bourgeoise des VIII et XVIèmes arrondissements et les nuits tapageuses du XVIIIème arrondissement : la flambée des prix de l’immobilier, obligeant les primo-accédants à se reporter sur des quartiers plus populaires, et l’arrivée potentielle des Jeux Olympiques, donnant naissance au 81ème quartier de Paris, « 42 hectares urbanisés qui devraient accueillir 11 ha d’espaces verts et 460 000 m2 de surfaces bâties, soient près de 12 000 nouveaux habitants », résume Jérôme Dubus, Adjoint au Maire chargé de l’Urbanisme, du Logement et des Grands Projets.
En attendant l’annonce du Comité Olympique le 6 juillet prochain, les avis sont partagés, notamment chez les professionnels de l’immobilier qui craignent une attitude spéculative de la part des vendeurs : « Les prix ont tendance à se stabiliser, avec des marges de progression plus raisonnables, note Jean Garcia, PDG de l’Agence 17. L’arrivée des JO ne fera que déstabiliser le marché ». Un marché qui tend à s’homogénéiser progressivement : « Les prix des quartiers populaires ont beaucoup augmenté, évalue Yvon Chapelle, responsable de l’agence Era Ouest Immobilier. Mais les prix des biens sont parfois surévalués, et les acquéreurs commencent à négocier les prix, conscients que les perspectives de plus-values ne seront plus aussi élevées ».
Dans le quartier des Epinettes, délimité par les avenues de Clichy et Saint Ouen et le boulevard Bessières, les fourchettes de prix s’articulent autour de la rue Guy Môquet : « Dans le triangle de La Fourche, les prix oscillent entre 4 200 et 4 600 ¤/m2, et descendent jusqu’à 3 700 ¤/m2, vers le boulevard extérieur », décrit Stéphane Pluchard, responsable de l’agence Laforêt Immobilier. Dans ce quartier populaire et cosmopolite, difficile de trouver des grandes surfaces, les immeubles ayant été réaménagés par les marchands de biens dans les années 90 en studios et deux-pièces. Mais de nombreux immeubles ont mal été entretenus, et les faibles prix d’achat doivent être compensés par le coût des travaux. Les investisseurs peuvent encore trouver des studios à moins de 100 000 ¤. La perle ? Les maisons de la Cité des Fleurs, mais les ventes ne s’effectuent que par le bouche-à-oreille.
Côté Batignolles, le « village », son ambiance bobo, ses commerçants et ses restaus branchés, attire une clientèle à la recherche de tranquillité, jeune et relativement aisée, plutôt familiale : « Les rares grands appartements s’arrachent car il y a beaucoup plus de petites surfaces, dépeint Marie de Guerry, directrice de l’agence Le Village des Batignolles. Mais peu d’investisseurs, les acquéreurs viennent pour y habiter et apprécient la bonne réputation des écoles ». Il faut compter « entre 4 800 et 6 300 ¤/m2, une fourchette relativement large fonction de l’état du bien », précise Jean-Philippe Château de l’agence Laforêt Immobilier JPC. Très courus, les abords du marché de la rue de Lévis, malgré l’atmosphère matinale bruyante et des biens de qualité très variable.
Un éventail de prix assez large aussi s’étale sur la Plaine Monceau : de 5 200 à 8 500 ¤/m2 : « Les vendeurs sont très gourmands, souligne Bruno Lapourielle. Pour un logement en bon état mais à rafraîchir, les prix oscillent entre 6 000 et 6 500¤/m2 ». Rien de commun en effet « entre le boulevard Bessière ou la porte d’Asnières, à 5 000 ¤/m2, et les grandes avenues telles Wagram ou Niel, ou les alentours des rues de Prôny ou de Courcelles, où les grands appartements aux belles prestations, relativement abondants, partent sans difficulté à 7 000 ¤/m2 », souligne Alexandre Voillot, du cabinet David Richier. Côté commerces, les grandes enseignes se sont installées avenue des Ternes, jouxtant les marchés Poncelet et Bayen. Les beaux quartiers sont aussi le terrain de jeux des vendeurs à la découpe : « La mise à prix est de 6 500 ¤/m2 », indique laconiquement Vincent Zazurca du groupe Daniel Féau. Restent notamment encore en vente environ 90 appartements rue Gounod et les immeubles de la place des Ternes. Attention : libres ou souvent occupés.
| - Espaces verts : Au total, 16 ha de verdure, composés de 4 jardins, 23 squares et 2 promenades plantées… sans compter le futur Parc des Jeux Olympiques dont 4 des 11ha prévus sont en cours d’aménagement.
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